pratiquer la défense

architecture / urbanisme, urbanisme, faisabilités

TPER – travail personnel d’études et de recherches
session de juillet 2000

EAPS / Ecole d’Architecture Paris la Seine
> tuteur: J. Ballereau

 

 

introduction.

 

A. De l’utopie à la réalité Défense.

A.1. Historique de l’avant Défense.
D’un point de vue géographique, la zone de La Défense est née de la prolongation de l’Axe triomphal parisien avec l’idée de le continuer à l’infini. Comment est-on arrivé à vouloir transformer un segment de ce sacro-saint tracé au sol en autre chose qu’un simple passage?

A.2. Le CNIT, coup d’envoi au développement de La Défense.
Le gouvernement ne sachant comment conclure concrètement ce «brainstorming», se sont finalement deux initiatives privées qui dénoueront le problème: la construction du CNIT puis celle de la tour ESSO. Pour permettre la réalisation de ce quartier qui se voudra définitivement l’emblème de la modernité française, l’Etat met en place en 1958, et ce pour une durée de 30 ans, le premier établissement publique national spécifique, à caractère à la fois industriel et commercial mais également public: l’Etablissement public pour l’aménagement de La Défense ou EPAD.

A.3. La Défense s’épanouit.
Les plans masses se succèdent, s’assouplissent, s’affinent, afin de permettre à La Défense d’évoluer au gré des besoins de ses utilisateurs, de se doter des installations et équipements indispensables à son fonctionnement. Les générations de tours se succèdent, répondant à chaque fois aux nouvelles exigences de confort et de maîtrise des coûts d’exploitations. En échange des droits de construire payés par les investisseurs (ce qui constitue sa seule ressource), l’EPAD s’efforce d’améliorer sans cesse la qualité et le fonctionnement des «parties communes» (infrastructures et aménagements de la dalle).
a/ La première génération de tours.
b/ La deuxième génération.
c/ La troisième génération.
d/ La Défense sort de La Défense.
e/ La Défense dans La Défense ou La Défense troglodyte.
f/ La Défense sur La Défense.

 

B. Territoires et populations.

B.1. Les limites matérielles – géographie urbaine.
Les limites matérielles sont liées à des différences de hauteurs plus ou moins brutales et «artificielles», créées par les bâtiments, la dalle, le boulevard circulaire ou autres voies. Cette géographie urbaine définit ainsi les zones de répartition des différentes populations rencontrées à La Défense.

a/ Lexique.
b/ Parvis et esplanade pour tous.
c/ La Défense, une île.
d/ Cafés et commerces aux pieds des bureaux.
e/ Commerces aux pieds des logements.

B.2. Les limites immatérielles – portes ouvertes aux magouilles.
Limites communales, politiques, partage du pouvoir, imbrications entre intérêts publiques et privés, mais qui décide quoi et où?

B.3. Identité Défense.
Chaque quartier spécifique dégage des sentiments d’appartenance, plus ou moins forts, chez certains, et de rejets chez d’autres. La Défense n’y échappe pas – être ou ne pas être défensien?

B.4. Itinéraires à choix multiples: mode d’emploi.
Les espaces hiérarchisés par la géographie urbaine sont reliés entre eux par des types de parcours également spécifiques à la population concernée. Contrairement à la ville classique, de multiples cheminements sont possibles pour relier deux mêmes points: les itinéraires à choix multiples.

 

C. Vers un centre (ville?) idéal en trois dimensions: gare transport – parvis – centre commercial.

C.1. Configuration optimale: l’emplacement idéal.
Un nœud développe le commerce et la ville, qui à leur tour développent le nœud.

C.2. La gare transports vers une étape positive pour le voyageur.
a/ Les expéditions pionnières.
b/ Il y a un début à tout: arrivée du RER et de la première galerie commerciale.
c/ Prolongation métro ligne 1.
d/ La Défense sur La Défense: le projet «Cœur Transport, La Défense».

C.3. Les 4 temps: réédition actualisée de la ville idéale.
Le centre commercial, pourtant créé de toutes pièces, a repris la trame de la création typique des villes, il a également recréé ses lieux d’échange. Devenu une pièce maître du gigantesque puzzle grâce au succès de son implantation, on ne saurait actuellement penser La Défense sans lui.
a/ Des origines.
b/ Comme une vraie ville.
c/ Les places, articulations et lieux d’échange de la ville.

C.4. Le parvis: cinquième façade.
D’un lieu de passage immensément vide et assujetti aux courants d’airs, le parvis, grâce à des aménagements successifs, s’est transformé en une articulation apte à accueillir de nombreuses manifestations.

C.5. Concentrer, réparer les erreurs, modifier, colmater les brèches, percer là où c’est nécessaire, travailler l’ambiance, vers une unité centrale.
Que se soit au stade de la conception des bâtiments ou lors des différents réaménagements intérieurs survenus en cours de «vie» du centre commercial, de la gare transport ou du parvis, les architectes en charge des projets ont tous travaillé à améliorer les liaisons (fonctionnellement et qualitativement), se sont attachés à créer une ambiance fluide et légère pour palier à l’effet de masse dans ces endroits à forte fréquentation. L’imbrication de ces trois éléments tend à constituer un véritable nœud multi-vitesse, de la flânerie boutiques jusqu’au TGV.
a/ Concentrations de commerces, services et transports.
b/ L’attirance pour ce qui brille.
c/ La lumière.
d/ Points de vue: les différents niveaux.

 

Conclusion, limites de l’étude et perspectives.

Bibliographie.

 

 

INTRODUCTION.

PRATIQUER v.t. 1. Mettre un principe en pratique, en action. Pratiquer la charité. 2. Se livrer à une activité, à un sport. Pratiquer la médecine, le tennis. 3. Pratiquer une langue, la parler, l’utiliser. 4. Pratiquer une religion, en observer les prescriptions. 5. Faire une ouverture. Pratiquer un passage dans un mur. 6. Fréquenter, connaître qqun, un milieu. · se pratiquer v.pr. Etre couramment employé, exercé, etc. Le ski d’été se pratique de plus en plus.
EVENO, Bertrand (dir.) Le Petit Larousse. Paris: Larousse – Bordas, 1998. 1870p. ISBN 2-03-301-298-0. / p.815.

J’ai habité un an dans le quartier du Marais avant de venir m’installer il y a un an et demi à La Défense. Au début de mon séjour dans le Marais, ce fut l’enthousiasme: découverte pratique et historique du site, appropriation de «mes 20m²». Mais flâner aux beaux jours rue des Francs-Bourgeois est différent d’habiter un endroit sombre, humide et froid. Le mauvais temps venu me fit voir sous un autre angle un sujet évoqué en cours: la question des îlots insalubres et le fondement de la solution radicale et tabou que proposait Le Corbusier. Tenter l’expérience de La Défense, symbole de l’application de la Charte d’Athènes s’imposait.
S’ouvrit alors à moi une nouvelle manière de vivre qui m’apporta une qualité de vie insoupçonnée jusqu’alors.
Le choix du TPER étant libre, c’était l’occasion d’étudier, en vue de recherches plus approfondies, ce qui me procure chaque jour bien être et émotion. Après avoir étudié la mise en place de La Défense, ou plutôt des Défenses: celle des logements abritant les indigène, celles des immeubles de bureaux, La Défense touristique; nous analyserons les appropriations successives du site par les différentes populations, et l’originalité des possibilités que peut offrir un urbanisme de dalle. Face à la mauvaise réputation des dalles, dont le programme n’a la plupart du temps pas pu être totalement réalisé, La Défense ne pourrait-elle pas constituer une réponse au malaise actuel des villes?

 

 

A. DE L’UTOPIE A LA RÉALITÉ DÉFENSE.

 

A.1. Historique de l’avant Défense.

D’un point de vue géographique, la zone de La Défense est née de la prolongation de l’Axe triomphal parisien avec l’idée de le continuer à l’infini. Comment est-on arrivé à vouloir transformer un segment de ce sacro-saint tracé au sol en autre chose qu’un simple passage?

> La grande perspective des Tuileries franchi la Seine. «Une nuit, Henri IV rentrait de son château de Saint-Germain-en-Laye. Il faillit se noyer avec la reine dans son carrosse qui tomba du bac de Neuilly. Il décida alors de faire construire un pont en bois, le pont de Neuilly.»*1
> Les alignements d’ormes de Louis XIV. «Le Nôtre: chargé par Louis XIV, en 1664, de redessiner les parterres des Tuileries, le jardinier royal mit l’accent sur l’allée centrale qu’il prolongea au delà du parc, jusqu’à l’actuel rond-point des Champs-Elysées, sans aménager l ‘espace intermédiaire qu’allait occuper plus tard la Concorde et que le souverain, depuis son château des Tuileries, ne pouvait voir: seule comptait la perspective créée pour l’œil du roi.»*2
> Un nouveau pont de Neuilly. «[l’ancien pont de bois] fut remplacé en 1772 par un autre en pierre. Perronet, son ingénieur, le situa exactement dans l’axe des Champs-Elysées. Dans son prolongement, au sommet de la Butte de Chante-coq fut tracé un rond-point de même diamètre que la Place de l’Etoile: le futur Rond-point de La Défense.»*3
> La Voie Impériale de Napoléon. Napoléon Ier décide en 1806 la création de l’arc du Carrousel (élevé sur les plans de Percier et Fontaine) et de l’Arc de Triomphe (construit d’après les plans de Chalgrin, haut de 50 mètres, achevé en 1836), puis d’une Voie Impériale baptisée Avenue de la Grande Armée (réalisée en 1846). Plus tard, sa statue est édifiée par Napoléon III au milieu du Rond-point de Chante-coq qui devient place Impériale.
> La démolition du Palais des Tuileries en 1882 met les deux arcs en perspective.
> La statue de «La Défense de Paris»
qui glorifie les héros parisiens du siège de 1870 est installée en 1883 sur l’ancienne place Impériale qui devient le Rond-point de La Défense.
> La voie triomphale de la IIIème République. Reprise du projet en 1912 sous un nom plus républicain. «Jusqu’à la Première Guerre mondiale, les édiles parisiens (…) pensaient avant tout à développer les communications entre Paris et Saint-Germain-en-Laye par le prolongement des Champs-Elysées. Mais ils voulaient également urbaniser les alentours, car l’ampleur des terrains disponibles permettait de construire plus facilement qu’à Paris intra-muros, où la densité d’occupation des sols était déjà exceptionnellement élevée. (…) ce fut seulement en 1912 qu’apparurent, dans les propositions sur l’extension de Paris, les termes de «voie triomphale». Or, à cette date, l’Alsace et la Lorraine étaient toujours allemandes, et l’expression rendait un son pour le moins ambigu. Le projet piétina sans aboutir jusqu’à la victoire de 1918 et au retour des provinces perdues dans le giron national. (…) Entre les deux guerres, la population française devenue en majorité urbaine, l’Etat commença à se préoccuper sérieusement de l’aménagement des villes: entre 1919 et 1924 furent votées deux lois qui obligeaient toutes les communes de plus de 10 000 habitants à prévoir un plan d’aménagement et d’extension. (…) Certes, ces lois n’ont pas été totalement respectées; (…) [mais] parallèlement sont nés des organismes destinés à traduire ces réflexions dans la réalité. Pour Paris et sa banlieue, ce fut le Comité supérieur de l’aménagement et de l’organisation de la région parisienne (CSAORP), créé en 1928. C’est à ce comité consultatif, dépendant de la présidence du Conseil puis du ministère de l’intérieur, que revint le soin de reprendre les projets d’aménagement du rond-point de la Défense.»*4
> 1929: concours d’idées pour l’aménagement de la Porte Maillot. L’objectif est double: créer un axe architectural et fonctionnel, et un monument en mémoire du Maréchal Foch. De grands architectes ont répondu, et de façon très contemporaine.
> 1931: concours de la ville de Paris pour l’aménagement de l’axe Etoile-Défense. «Les 35 projets d’architectes de renom déçurent le jury. Aucun ne répondait à la demande: «donner satisfaction aux nécessités de la circulation et être digne de notre capitale». En effet, beaucoup de projets avaient encore du mal à sortir de l’architecture décorative monumentale, voire cocardière. Cependant, certains commençaient à intégrer des éléments fonctionnels urbains, comme celui de Le Corbusier qui proposait de séparer la circulation des autos et des piétons sur deux niveaux. Son idée fut reprise 30 ans plus tard. Seul l’élargissement du pont de Neuilly suivit ce concours.»*5
> Un «Washington français». En 1932, sous la direction d’Henri Prost, un plan général d’aménagement de la région parisienne, concernant un cercle de 35km de rayon tracé autour de paris, est mis en place. Le projet de voie triomphale est pour un instant, mis de côté; l’attention étant potée sur l’aménagement des abords de paris, «en accord avec les principes en vogue de zonage, il fut projeté d’édifier un quartier entièrement réservé aux organisations gouvernementales (un «Washington français»), accessible par la fameuse voie.»*6
> L’ancienne équipe du CSAORP poursuit ses recherches sous l’occupation, «dans les divers organismes chargés par l’Etat français entre 1940 et 1944 des questions urbaines. (…) Trois points essentiels avaient progressé (…) Premièrement, (…) techniciens et hommes politiques pensaient désormais à une solution d’ensemble: étendre Paris, créer un quartier aux fonctions neuves, lier le tissus ancien et l’espace futur, définir enfin les relations du nouveau quartier avec le reste du territoire national. (…) Deuxièmement, les problèmes de communication étaient soigneusement étudiés. Œuvre des Ponts et Chaussées, le système prévoyait des liaisons routières, ferroviaires et métropolitaines entre Paris, Saint-Germain-en-Laye et Versailles. Le rond-point en était le nœud stratégique (…) [Enfin,] la région parisienne [étant] de plus en plus attractive et concentrée, [le groupe d’experts de la planification territoriale] voulait construire une zone d’habitation dans l’Ouest de la région-capitale, coordonnée au développement industriel. (…) Ainsi, André Prothin, le futur premier directeur de l’Etablissement public de la Défense, rappela (…) qu’il fallait prévoir la construction de logements et de bâtiments industriels correspondants à l’accroissement des activités autour du rond-point. Il voulait, en outre, développer un équipement monumental, à la dimension du rayonnement parisien, qui ne fût pas purement décoratif.»*7
> Libération: un contexte totalement nouveau, des protagonistes identiques, de nouvelles précisions mais le «que faire précisément?» persiste. «Les projets des années 50 pour aménager la Défense se sont précisés sur quatre points. Lancer une grande opération immobilière permettait d’abord aux pouvoirs publics de restaurer face à l’opinion nationale et internationale le prestige de la République. Cela aurait affirmé, ensuite, grâce à des choix innovants un soutien à l’école fonctionnaliste, synonyme de modernité. Troisièmement, c’était un moyen de décentralisation industrielle qui éloignait les usines du secteur secondaire en les remplaçant, aux portes de Paris, par des activités tertiaires. L’Etat pouvait enfin prouver sa capacité à contrôler le développement de la banlieue en édifiant au flanc de Paris un quartier à croissance ordonnée. Toutefois, ces principes ne s’accompagnaient pas d’un projet précis. En un mot, si tout le monde s’accordait pour faire de la zone du rond-point autre chose que le simple aboutissement ou le passage d’une voie triomphale, restaient des interrogations concrètes, identiques à celles des décennies précédentes.»*8

*1 DEMEYER, Patrick. La Défense: Histoire et histoires. Courbevoie: EPAD, 1997. 66p. pas d’ISBN /p.6.
*2 MARCHAND, Pierre (dir.). Paris. Paris: Editions Nouveaux-Loisirs, 1995. 576p. Guides Gallimard. ISBN 2-7424-0168-7 /p.308.
*3 DEMEYER, Patrick. La Défense: Histoire et histoires. Courbevoie: EPAD, 1997. 66p. pas d’ISBN /p.6.
*4 VOLDMAN, Danièle. La Genèse. In Jean-Claude Béhar. La Défense: L’avant-garde en miroirs. Paris: Autrement, 1992. 196p. ISBN 2-86260-376-7 /p.22-24.
*5 DEMEYER, Patrick. La Défense: Histoire et histoires. Courbevoie: EPAD, 1997. 66p. pas d’ISBN /p.7.
*6 VOLDMAN, Danièle. La Genèse. In Jean-Claude Béhar. La Défense: L’avant-garde en miroirs. Paris: Autrement, 1992. 196p. ISBN 2-86260-376-7 /p.25.
*7 VOLDMAN, Danièle. La Genèse. In Jean-Claude Béhar. La Défense: L’avant-garde en miroirs. Paris: Autrement, 1992. 196p. ISBN 2-86260-376-7 /p.26-27.
*8 VOLDMAN, Danièle. La Genèse. In Jean-Claude Béhar. La Défense: L’avant-garde en miroirs. Paris: Autrement, 1992. 196p. ISBN 2-86260-376-7 /p.27-28.

Le rond-point de l’empereur en 1863. Document EPAD.

Perspective vue du haut de l’Arc de Triomphe, vers 1860. Document. EPAD.

La statue de « La Défense de Paris » en 1900. Document EPAD.

Concours de 1931: projet de Le Corbusier. Document EPAD.

Concours de 1931: projet d’André Granet (première prime). Document EPAD.

 

A.2. Le CNIT, coup d’envoi au développement de La Défense.

Le gouvernement ne sachant comment conclure concrètement ce «brainstorming», ce sont finalement deux initiatives privées qui dénoueront le problème: la construction du CNIT puis celle de la tour ESSO. Pour permettre la réalisation de ce quartier qui se voudra définitivement l’emblème de la modernité française, l’Etat met en place en 1958, et ce pour une durée de 30 ans, le premier établissement publique national spécifique, à caractère à la fois industriel et commercial mais également public: l’Etablissement public pour l’aménagement de La Défense ou EPAD.

> Ainsi naît le CNIT, ou Centre National des Industries et des Techniques. «La Fédération des Industries Mécaniques possédait un terrain triangulaire donnant sur le rond-point de La Défense. [Or, en 1950, le ministre de la Reconstruction, Claudius Petit, demande à trois grands architectes (Robert Camelot, Jean de Mailly et Bernard Zehrfuss), de lui proposer un schéma d’aménagement de la région de La Défense pour y organiser une Exposition Universelle en 1958; qui n’y aura finalement pas lieu.] Ayant eu vent du projet, son président, Emmanuel Pouvreau demande tout naturellement aux trois architectes de lui étudier un projet de grand palais des expositions et de l’intégrer dans l’aménagement global du futur quartier.»*1
> 21 octobre 1956: un décret approuve le premier véritable document d’urbanisme. « Robert Camelot, Jean de Mailly et Bernard Zehrfuss, proposent de prolonger l’Axe historique en le bordant de grands immeubles de bureaux et de logements reliés par des passerelles. Le CNIT fait face à un immeuble de 250 mètres de haut. Le rond-point et la statue de La Défense sont conservés.»*2
> ESSO, pionnier en tout. « D’abord, la tour ESSO fut la première tour tout court. La Compagnie avait acheté un terrain en 1957, avant même que l’EPAD n’existe. Il fallait avoir la foi du charbonnier pour s’expatrier dans un quartier dont l’avenir n’était pas encore vraiment décidé, ou qui allait devenir un chantier interminable. Standard Oil (ESSO) y croyait. La Compagnie voulait regrouper tous ses services éparpillés dans Paris, dans un seul et même immeuble fonctionnel, étudié spécialement pour que ses 1550 employés y travaillent confortablement. Encore une première: les immeubles de bureaux n’existaient qu’en Amérique. A l’époque, la plupart des bureaux parisiens n’étaient que d’anciens appartements «bricolés». Ici, il y avait tout: un monte dossier, une grande salle de réunion sonorisée, un des tout premiers self-services pour le personnel, une salle climatisée pour les «calculateurs électroniques» IBM très fragiles de l’époque, une salle de cinéma de 150 places pour visionner les films publicitaires ou faire la formation du personnel, et même un salon de repos et un service médical…»*3.
> 1958: création de l’Etablissement public pour l’aménagement de La Défense ou EPAD. « Restait à concevoir (…) le type d’organisme qui se chargerait d’une opération concernant près de 800 ha, posant des problèmes de financements, d’expropriations et d’achat de vastes terrains. S’y ajoutait la recherche de promoteurs à qui les revendre et la mise au point des rapports avec les entreprises, les modes de coexistence avec les municipalités, les attributions respectives du futur établissement des Ponts et Chaussées. Restait aussi à définir les relations avec les instances de protection des sites, ainsi qu’avec tous les adversaires du projet. Enfin, l’Etat souhaitait trouver des moyens pour maîtriser une spéculation foncière prévisible, sinon inéluctable.
L’Etat, en se chargeant de tout, aurait nié les prérogatives des communes. Mais un groupement de municipalités, rendu légalement possible depuis les années 30, aurait fait peser sur les villes un fardeau financier trop lourd. Une société d’économie mixte aurait au contraire risqué de donner une trop grande part aux intérêts privés. Restait une formule originale, la création d’un établissement public national spécifique. Créé par décret le 21 septembre 1958 pour une durée de 30 ans, l’Etablissement public pour l’aménagement de La Défense (EPAD), dont la direction fut confiée à André Prothin, devait veiller aux destinées du nouveau quartier. De sérieuses contradictions freinaient le nouvel organisme. A caractère industriel et commercial, ayant pour but de rentabiliser une énorme opération immobilière, l’EPAD, par son caractère public, n’avait pas les contraintes du secteur privé, mais échappait également à ses libertés de manœuvre. Ces ambiguïtés se reflétaient dans son conseil d’administration, où siégeaient des représentants de collectivités locales et d’établissements publics (Courbevoie, Puteaux, Nanterre, Paris, le conseil général des Hauts-de-Seine, le conseil d’administration du district de la région parisienne, le syndicat des transports de la RATP, la chambre de commerce de Paris) et de l’Etat (en particulier les ministères de l’Equipement, des Finances, de l’Industrie…).»*4
« Délimitation officielle du périmètre. (…) le territoire de l’EPAD couvrait une tranche de Seine. Le périmètre est divisé en quatre zones: «A» le quartier d’affaires, «B1» le quartier du Parc, «B2» où furent construites des opérations de relogement et «B3» zone de logements antérieurs.»*5
> L’étude approuvée, très vite désapprouvée. L’EPAD reprend alors le plan de 1956 qui s’avère difficilement réalisable: «[le] quartier d’affaire[,] cisaillé en deux par le flot des 60 000 voitures quotidiennes, [est] relié par des passerelles nombreuses mais inesthétiques.»*6
> 1959: la dalle fait son apparition. «Plutôt que de créer de multiples passerelles, réalisons un plateau artificiel de 40 ha dont le point haut s’appuiera sur le haut de la falaise naturelle pour atterrir en pente douce au niveau de la Seine. La concavité sous la dalle servira à faire passer autoroutes, canalisations et dessertes de toutes sortes, et à créer les parkings indispensables. Il deviendra possible de bâtir un quartier surélevé, entièrement réservé aux piétons, lesquels se déplaceront d’un bâtiment à l’autre au milieu des jardins et des bassins sans jamais être gênés par les voitures.»*7

*1 DEMEYER, Patrick. La Défense: Guide de l’architecture. Editions Parallèles, 1996. 47p. pas d’ISBN /p.5.
*2 DEMEYER, Patrick. La Défense: Guide de l’architecture. Editions Parallèles, 1996. 47p. pas d’ISBN /p.6.
*3 DEMEYER, Patrick. La Défense: Histoire et histoires. Courbevoie: EPAD, 1997. 66p. pas d’ISBN /p.16.
*4 VOLDMAN, Danièle. La Genèse. In Jean-Claude Béhar. La Défense: L’avant-garde en miroirs. Paris: Autrement, 1992. 196p. ISBN 2-86260-376-7 /p.31.
*5 DEMEYER, Patrick. La Défense: Histoire et histoires. Courbevoie: EPAD, 1997. 66p. pas d’ISBN /p.12.
*6 DEMEYER, Patrick. La Défense: Histoire et histoires. Courbevoie: EPAD, 1997. 66p. pas d’ISBN /p.8.
*7 DEMEYER, Patrick. La Défense: Histoire et histoires. Courbevoie: EPAD, 1997. 66p. pas d’ISBN /p.8-9.

Le CNIT en construction. Document EPAD.

Le CNIT en construction. Document EPAD.

les architectes du CNIT: Camelot, de Mailly et Zehrfuss. Document EPAD.

CNIT. Document EPAD.

ESSO. Document EPAD.

ESSO. Document EPAD.

ESSO. Document EPAD.

Photomontage du plan d’aménagement de Camelot, de Mailly et Zehrfuss, en 1956. Document EPAD.

Périmètre de l’EPAD. Document EPAD.

André Prothin, directeur de l’EPAD jusqu’en 1969. Document EPAD.

 

A.3. La Défense s’épanouit.

Les plans masses se succèdent, s’assouplissent, s’affinent, afin de permettre à La Défense d’évoluer au gré des besoins de ses utilisateurs, de se doter des installations et équipements indispensables à son fonctionnement. Les générations de tours se succèdent, répondant à chaque fois aux nouvelles exigences de confort et de maîtrise des coûts d’exploitation. En échange des droits de construire payés par les investisseurs (ce qui constitue sa seule ressource), l’EPAD s’efforce d’améliorer sans cesse la qualité et le fonctionnement des «parties communes» (infrastructures et aménagements de la dalle).

 

a/ La première génération de tours.

«Dès 1960, l’EPAD étudie un plan d’aménagement. Approuvé en décembre 1964, ce plan reprend les principes fonctionnalistes de la Chartes d’Athènes, la création d’une dalle piétonne, indépendante de la circulation des voitures reportée en sous-sol. Afin de conserver une cohérence architecturale, toutes les tours de bureaux doivent respecter les mêmes règles. Les dimensions prescrites sont de 24 par 42 mètres à la base sur 100 mètres de haut, ce qui correspond à une trentaine d’étages de chacun 1000 m² environ pour un programme total de 850 000 m². Chaque maître d’oeuvre est libre d’imaginer une architecture qui lui est propre à condition de rester dans ce gabarit. (…) Les immeubles de logements ne doivent pas dépasser une dizaine d’étages. Construits devant les tours pour bénéficier du soleil, de forme carrée, ils sont ouverts au centre sur un patio-jardin.»*1.
La tour ZEHRFUSS, projet finalement supprimé, aurait dû élever ses 250 mètres de haut (60 étages) en face du CNIT.
On repère facilement in situ les tours de première génération par leurs façades rugueuses habillées en béton. En effet, seule la tour ROUSSEL-HOECHST possédait à l’origine une façade rideau en verre (conçue par Prouvé).
– Les tours réalisées selon ce plan masse: A.I.G. (1967), ROUSSEL-HOECHST (1967), EUROPE (1969), ATLANTIQUE (1970), AURORE (1970), E.D.F.-G.D.F (1971), CREDIT LYONNAIS (1973).
– Les immeubles de logements réalisés selon ce plan masse: (BELLINI (1957)), RÉSIDENCE BOILDIEU (1965), RÉSIDENCE DE LA DÉFENSE (1966), RÉSIDENCE LORRAINE (1969).
– Les équipements réalisés: (CNIT (1958)), CENTRAL TELECOM (1970).

*1 DEMEYER, Patrick. La Défense: Guide de l’architecture. Editions Parallèles, 1996. 47p. pas d’ISBN /p.7.

Plan d’aménagement de 1964, paru en 1967 dans Paris Match.

Projet non réalisé: tour Cybernétique de Schöeffer. Document EPAD.

Projet non réalisé: tour de la télévision et du tourisme des frères Polak. Document EPAD.

Projet non réalisé: tour Zehrfuss (à droite). Document EPAD.

De gauche à droite: ESSO, EUROPLAZZA, EUROPE, AIG, EDF GDF, AURORE; devant: RÉSIDENCE LORRAINE. Document EPAD.

Vue actuelle des tours de première génération au fond de la photo.

 

b/ La deuxième génération.

Si la période d’attente du RER, qui dura sept ans, retarda la commercialisation des tours, l’ouverture du tronçon «Etoile – Défense» apporta quant à elle (entre autres), une telle demande, qu’une nouvelle génération de tours, plus grandes, virent le jour.
«En 1969, l’expansion économique crée une demande en bureau telle que l’EPAD reçoit l’autorisation de doubler la superficie de son parc. Un nouveau plan-masse est établi. Pour accueillir 1.5 million de m² de bureaux, les tours peuvent atteindre deux cents mètres de haut et elles prennent de l’épaisseur: d’immenses «plateaux paysagers» voient apparaître des bureaux éclairés en «deuxième jour», sans accès direct à la lumière naturelle. (…)
Les immeubles de logements aussi se mettent à grandir: Défense 2000 comporte 47 étages et dans le quartier du Parc, certaines des tours d’Emile Aillaud dépassent 100 mètres.
Aux difficultés économiques liées à la crise pétrolière de 1973 s’ajoute une campagne d’opinion contre les tours et les bureaux paysagers. Les immeubles construits restent vides. L’EPAD ne vend plus de droits de construire. De 1974 à 1978, La Défense connaît une crise grave, mais le gouvernement décide de poursuivre et de relancer l’opération.»*1.
– Les tours / immeubles de bureaux réalisés: FRANKLIN (1972), EUROPLAZZA (1972), UAP (AXA sur le plan – 1974), EVE (1974), FRAMATOME (1974), GAN (1974), WINTERTHUR (1974), ARIANE (1975), MANHATTAN (1975), NEPTUNE (1975), TECHNIP (1978).
– Les immeubles de logements réalisés: RÉSIDENCE CORVÉE (1972), RÉSIDENCE LOUIS POUEY (1972), VISION 80 (1973), LES DAUPHINS (1974), DÉFENSE 2000 (1974), EVE (1974), RÉSIDENCE MARECHAL LECLERC (1974), RÉSIDENCE DE L’ANCRE (1974), GAMBETTA (1975), LA SIRÈNE (1975), DAMIERS D’ANJOU ( 1976), DAMIERS DE BRETAGNE (1976), DAMIERS DU DAUPHINE (1976), MANHATTAN SQUARE (1976), DAMIERS DE CHAMPAGNE (1978).
– Les équipements réalisés: POSTE EDF (1973), ECOLE MATERNELLE CORVÉE (1975).

*1 DEMEYER, Patrick. La Défense: Guide de l’architecture. Editions Parallèles, 1996. 47p. pas d’ISBN /p.8.

Jean Millier, président de l’EPAD de 1969 à 1977. Document EPAD.

Les bureaux paysager. Document EPAD.

Tour UAP (AXA sur le plan de 1974) (bureaux).

Tour Framatome (bureaux).

Tour Gan (bureaux).

Tour Ariane (bureaux).

Tours Aillaud (logements). Document EPAD.

Tour Défense 2000 (logements).

Tour Défense 2000 (école maternelle).

Immeubles Vision 80 (logements).

Immeubles Vision 80 (logements)

Premier concours Tête Défense 1972, un des deux projets retenus mais non réalisés: la double tour de Pei (le premier qui implante un bâtiment dans l’axe). Document EPAD.

Premier concours Tête Défense 1972, un des deux projets retenus mais non réalisés: la double tour de Pei (le premier qui implante un bâtiment dans l’axe). Document EPAD.

Premier concours Tête Défense 1972, un des deux projets retenus mais non réalisés: les immeubles miroirs d’Aillaud (« Après, il n’y a plus rien » disait-il). Document EPAD.

Premier concours Tête Défense 1972, un des deux projets retenus mais non réalisés: les immeubles miroirs d’Aillaud (« Après, il n’y a plus rien » disait-il). Document EPAD.

 

c/ La troisième génération.

L’EPAD met en place un nouveau plan d’aménagement.
Finis les bureaux éloignés des fenêtres, éclairés au néon, avec un système de climatisation pas toujours au point: architectes et promoteurs stoppent net leur production de bureaux paysagers pour s’orienter vers des solutions plus confortables (tous les bureaux sont en premier jour), plus économiques (les charges sont réduites), et adaptés aux nouvelles technologies. Pour pouvoir mieux répondre aux nouveaux besoins des entreprises, ils ont dû inventer de nouvelles formes de tours pour obtenir un développé de façade plus important, mais également des nouvelles techniques (vitrages, climatisation…).
«C’est ce qui explique par exemple la verrière oblique de l’immeuble ELYSÉES-LA-DÉFENSE qui surplombe Les 4 Temps: elle abrite une serre tropicale sur laquelle donnent de nombreux bureaux. Quant aux vitrages, ils étaient hermétiquement clos pour ne pas perturber le fonctionnement de la climatisation [c’est le cas de la tour ELF par exemple].
Maintenant, il est possible de satisfaire son envie d’entendre les bruits de la ville: la climatisation tient compte automatiquement de l’ouverture des fenêtres. C’est Christian Pellerin qui le premier s’est fait le chantre, avec la SARI, des immeubles de bureaux d’un nouveau type comme l’immeuble de la place de la Défense, Les Miroirs et plus récemment, les immeubles du quartier Michelet.
Les horaires variables ont eu une conséquence économique surprenante: tout le monde ne prenant pas les ascenseurs en même temps, il est devenu possible de réduire leur nombre. Avant, cette installation pouvait atteindre jusqu’à 9% du coût du bâtiment…»*1
Notons que le schéma «une tour (35/40 étages) entourée d’immeubles de faible hauteur (9 étages environ)» est répété dans les deux nouveaux secteurs créés – à savoir La Défense 5 et La Défense 10 (quartier Michelet), voulant ainsi rendre la transition visuelle plus aisée de La Défense vers les communes limitrophes (Puteaux et Courbevoie).
– Les tours / immeubles de bureaux réalisés: MONGE (1980), LES MIROIRS (1981), PLACE DE LA DEFENSE (1981), ELYSEES LA DEFENSE (1982), EXXON CHEMICAL (1982), ILE DE FRANCE (1982), LE GALION (1982), ATOCHEM – L’IRIS (1983), HAWORTH (1983), PASCAL (1983), SCOR (1983), AGF (ATHENA sur le plan – 1984), UTOPIA (1984), VERITAS (1984), AMPERE (1985), DELALANDE (1985), ELF (1985), TOTAL (1985), ATOCHEM (1986), COFACE (1986), LE MICHELET (1986), TOTAL GALILEE (1986), DESCARTES (1988), LAVOISIER (1988), LE LINEA (1988), VOLTAIRE (1988), JEAN MONNET (1989), LA FAYETTE (1989), LA GRANDE ARCHE (1989), LE GUILLAUMET (1989), BALZAC ( 1989), NEWTON (1989).
– Les immeubles de logements réalisés: NEUILLY DEFENSE (1983), LES PLATANES (1984), MINERVE (1984).
– Les équipements réalisés: C.E.S. DES RENARDIERES (1981), CASERNE DES POMPIERS (1981), CENTRE COMMERCIAL LES 4 TEMPS (1981), HARMONIE – CARTEL / ORION (1984), IBIS NOVOTEL (1984), SOFITEL DEFENSE – ACACIA (1985), ECOLE PRIMAIRE ANDRE MALRAUX (1986), ECOLE MATERNELLE DE LA ROTONDE (1986), « CNIT rénové » (1989), LA GRANDE ARCHE (1989).

*1 DEMEYER, Patrick. La Défense: Histoire et histoires. Courbevoie: EPAD, 1997. 66p. pas d’ISBN /p.52.

Immeuble Place de la Défense (bureaux). Document EPAD.

Immeuble Elysée Défense (bureaux) et centre commercial les 4 temps (en vert). Document EPAD.

Immeuble Elysée Défense (bureaux): la verrière oblique abrite une serre tropicale. Document EPAD.

Immeuble AGF (Athéna sur le plan de 1984) (bureaux).

Tour ELF (bureaux). Document EPAD.

Tour Descartes (bureaux). Document EPAD.

Immeuble Les Platanes (logements). Document EPAD.

Immeuble Minerve (logements). Document EPAD.

CES des Renardières. Document EPAD.

Ibis Novotel. Document EPAD.

La Grande Arche. Document EPAD.

La Grande Arche. Document EPAD.

 

d/ La Défense sort de La Défense.

La Grande Arche a donné à La Défense une dimension internationale. Deux importants projets de nouveaux quartiers ont donc vu le jour, mais la place faisant défaut, ils sont sortis du boulevard circulaire.
> Agrandissement du secteur La Défense 7 (quartier Valmy). Beaucoup d’édifices sont courbes, avec des arrêtes vives, comme la splendide passerelle enjambant la RN 314 (réalisée par Kisho Kurokawa, avec le concours de Peter Rice, ingénieur).
– Les tours / immeubles de bureaux réalisés: LES COLLINES NORD (1990), LES COLLINES SUD (1990), KUPKA (1992), LA PACIFIQUE (1992), ESPACE 21 (1994), KPMG, SOCIÉTÉ GÉNÉRALE (1995).
– Les immeubles de logements réalisés: néant.
– Les équipements réalisés: CINÉMA DÔME IMAX (1992), LES COLLINES DE L’AUTOMOBILE (1992), HOTEL RENAISSANCE.
> Faubourg de l’Arche: autant d’habitants que de cadres et d’employés de bureaux. Ce nouveau quartier n’a strictement rien à voir avec l’EPAD: l’initiative vient de la ville de Courbevoie par le biais de la ZAC Danton, et est réalisé par la SEMCODAN.
«Au Faubourg de l’Arche, les logements sont tout près des bureaux, des commerces, des services de la ville. Les espaces verts et les services, nécessaires à l’animation de la cité, sont au cœur du quartier: 10.000 m² de commerces, dont un Monoprix, des écoles, des crèches et des haltes-garderies en pied d’immeubles, un parc de près d’un hectare, des squares et des aires de jeux pour les enfants de tous âges… sont déjà disponibles ou en cours de réalisation. Chaque détail est pensé avec une attention particulière portée à l’environnement: les espaces publics, plantés de nombreuses essences végétales, sont achevés en même temps que les immeubles environnants.
Les atouts du Faubourg de l’Arche ont déjà convaincu de nombreux habitants. Aujourd’hui, plus de 3.000 personnes y ont déjà élu domicile. L’école primaire, une crèche et une halte garderie sont ouvertes, une dizaine de commerces également: restaurants, Monoprix… sans compter les ouvertures prévues dans le courant de 1999. Plusieurs entreprises s’y sont installées, générant un trafic quotidien de plus de 2.600 personnes (…); sans oublier les 3.000 étudiants du pôle universitaire Léonard-De-Vinci. (…)
Des chiffres qui parlent: d’ici 2010: logements: 405.000m², bureaux: 330.000m², établissement d’enseignement supérieur: 53.500m², activités et services: 45.000m², équipements hôteliers: 34.000m², équipements publics: 32.000m², commerces: 10.000m².»*1

*1 Plaquette de présentation du «Faubourg de l’Arche: qualité de ville, qualité de vie», 1999.

Le quartier Valmy depuis le toit des 4 Temps (en arrière plan: Dôme Imax et tour Société Générale).

Le quartier Valmy depuis le bas de la jetée (Espace 21 en premier plan).

Quartier Valmy: Tour Société Générale (bureaux). Document EPAD.

Quartier Valmy: Espace 21 (bureaux). Document EPAD.

Quartier Valmy: passerelle piétonne enjambant la RN 314.

Plan du quartier du Faubourg de l’Arche. Document SEMCODAN.

Quartier des Faubourgs de l’Arche: tours Cèdre et Egée depuis le parvis de La Défense.

Quartier du Faubourg de l’Arche: place à l’intersection de la rue Alexis Séon et de l’avenue de l’Arche, en arrière plan: résidence de Vinci (logements) puis tour Cèdre (bureaux). Document SEMCODAN.

 

e/ La Défense dans La Défense ou La Défense troglodyte.

La Défense a encore un potentiel construit peu utilisé (car les coûts de mise aux normes de sécurité sont trop élevés), mais bien mystérieux: les cathédrales englouties.
Mis à part la SERAP (centrale d’achats réservée aux salariés d’entreprises adhérentes) qui vient de s’installer dans des locaux de 1.800 m² dans l’ancienne galerie de l’Esplanade, les autres utilisations ont un accès encore plus limité au public, comme le Monstre de Raymond Moretti, le Percuphone de Patrice Moullet, les réserves du Fond National d’Art Contemporain ou FNAC…
Il y a également de nombreuses appropriations illicites de ces espaces par des populations en difficultés (SDF et marginaux sous les 4 Temps par exemple, entre le niveau livraison et celui des commerces; qui est d’ailleurs «vidé» régulièrement) ou par des populations qui viennent s’y «défouler» (deux «rave party» ont été organisées par Radio Nova, l’EPAD ayant à cette occasion, fermé les yeux).
A quoi pourront bien servir toutes ces salles, ces immenses dédales de couloirs et de galeries, ces station de métro fantômes? Affaire à suivre.

 

f/ La Défense sur La Défense.

Afin de dynamiser et valoriser le quartier d’affaires et proposer aux utilisateurs des surfaces de bureaux en adéquation avec les besoins du troisième millénaire, l’EPAD lance en 1995 l’opération: «La Défense réinvente La Défense».
Celle-ci consiste a nouer «des relations de partenariat avec tous les acteurs de l’immobilier d’entreprise de La Défense, qu’ils soient investisseurs, promoteurs, commercialisateurs ou utilisateurs. Des «ateliers» ont été créés, permettant aux entreprises et aux professionnels de l’immobilier de se rencontrer et d’échanger leurs points de vue et leurs expériences. Au programme de ces discussions: les perspectives du quartier d’affaires, la rénovation des immeubles de première génération et les bureaux de demain.
Ces rencontres ont permis de mieux cerner les attentes des salariés et des entreprises en matière d’organisation du travail, de conception et d’aménagement des immeubles de bureaux. Ensuite, l’EPAD a incité les promoteurs à proposer des immeubles de bureaux correspondant à ces nouveaux besoins. (…)
[Cette démarche] a également favorisé la mise en place d’actions concrètes au service des entreprises. En 1995, avec la création de la boucle locale, La Défense est devenue le premier quartier d’affaires en France à bénéficier d’un accès direct aux fameuses « autoroutes de l’information». Ce réseau de fibres optiques, qui permet de transporter des données à haut débit, relie aujourd’hui 68 immeubles sur les 80 du quartier. (…)
Parallèlement à ces réalisations, des actions de communication ont également [eu lieu, comme] (…) Défenscopie, une grande études présentant chaque année les structures et les tendances du marché immobilier de La Défense (…), qui a démontré que le quartier d’affaires, arrivé à maturité, pouvait accueillir des entreprises de toutes tailles et de tous secteurs d’activités. (…) C’est à cette époque que fut lancé « Préférences » [, le journal d’où est tiré cet article].»*1
La première tour ESSO est démolie pour en reconstruire une nouvelle, plus importante. D’autres constructions s’insèrent dans des espaces libres non prévus au départ.
– Nouveaux chantiers et projets d’immeubles de bureaux: CŒUR DÉFENSE, PB6, GUYNEMER, TRIANGLE(S) DE L’ARCHE, GAMBETTA, CBX.
– Equipement: Eglise Notre Dame de la Pentecôte (chantier en cours).
– Projets d’immeubles de logements : néant.

*1 BENICHI, Nicolas. Les bureaux de demain arrivent à La Défense. In. Préférences, oct./nov./déc. 1999. /p.30-33.

Affiche « la Défense réinvente La Défense ». Document EPAD.

Cœur Défense: 2 tours et 3 immeubles. Document EPAD.

Triangle de l’Arche: 3 immeubles. Document EPAD.

Guynemer: en projet.

Gambetta: implanté sur l’avenue Albert Gleizes, fermant ainsi la place de la Coupole. Document EPAD.

Tour CBX: implantée au travers de la passerelle des Reflets. Document EPAD.

En chantier: Notre Dame de Pentecôte, au-dessus de l’avenue de la Division Leclerc.

En chantier, de gauche à droite: (Tour Franklin), tour PB6 (future nouvelle tour EDF GDF), Cœur Défense, (Tour Atlantique).

Livrées en 2001, les tours/immeubles Cœur Défense (à gauche) et PB6 (à droite) vont changer le paysage de La Défense. Ici, une simulation de La Défense avec ces 2 opérations achevées. Document EPAD.

 

 

B. TERRITOIRES ET POPULATIONS.

 

B.1. Les limites matérielles – géographie urbaine.

Les limites matérielles sont liées à des différences de hauteurs plus ou moins brutales et «artificielles», créées par les bâtiments, la dalle, le boulevard circulaire ou autres voies. Cette géographie urbaine définit ainsi les zones de répartition des différentes populations rencontrées à La Défense.

 

a/ Lexique.

«Pour bien circuler sur la dalle, un petit lexique s’impose, certains mots n’ayant pas ici la même signification qu’ailleurs.
> Ascenseurs. Il en existe de trois types à La Défense: les panoramiques chics, comme celui de la Grande Arche ou l’ascenseur intérieur du CNIT; les fonctionnels banals, comme ceux des multiples tours du site; et les terrifiants, comme ces… choses qui permettent, au bout de quelques passerelles, de quitter la dalle pour rejoindre Puteaux ou Courbevoie, 20 mètres en contrebas. Totalement déprimant.
> Avenues. Elles sont souvent souterraines. Ce terme désigne principalement deux artères qui constituaient naguère le Rond-point de La défense, aujourd’hui partiellement enterré, l’avenue du Président Wilson, et celle de la Division Leclerc. A Courbevoie, le prolongement de l’Avenue Wilson a été rebaptisé du nom du premier président de l’EPAD, André Prothin. Bizarrerie locale : sur les plans, l’avenue Perronet commence au pied de l’Arche… par un escalier roulant.
> Boulevard. Forcément circulaire, il désigne cette voie terrifiante, genre autoroute urbaine, ceinturant le quartier d’affaires. Il devient boulevard de Neuilly et boulevard de Paris en se rapprochant de la Seine.
> Collines. Terme hérité d’un vague souvenir du relief initial du quartier. Elles sont deux. Les collines de l’Arche (au pluriel, mais elles comptent comme une seule «colline») se trouvent à la droite de l’Arche lorsqu’on lui fait face. Il ne faut pas croire pour autant que le bâtiment, quasiment identique, se trouvant à sa gauche soit «l’autre» colline – celui-là se nomme Passage de l’Arche. Il faut monter un peu plus haut, jusqu’au dôme IMAX, pour trouver la Colline de l’Automobile.
> Esplanade(s) de Gaulle. Il y en a deux, il ne faut pas les confondre. L’esplanade du Général De Gaulle se trouve au bas du quartier d’affaires sur le tracé de l’axe. L’esplanade Charles de Gaulle se trouve face à la sortie du RER Nanterre – Préfecture.
> Galeries. Espaces le plus souvent souterrains, débouchant parfois à l’air libre vingt mètres en contrebas de l’ouverture par laquelle on est entré. Souvent «commerciales».
> Parvis. Il n’y en a désormais plus qu’un, celui de La Défense. Quoi ? Et le parvis de Notre-Dame de Paris alors ? Oui, bon…
> Passerelles. Elles semblent juste destinées à rappeler aux piétons circulant à La Défense l’horreur de la circulation automobile, la plupart d’entre elles enjambent le boulevard circulaire.
> Places, squares, jardins. Termes désignant des lieux qui peuvent effectivement ressembler à des places, des squares, des jardins, dès lors qu’on oublie qu’ils se trouvent à la surface d’une dalle. Personne ne se souvient réellement de leurs noms.
> Terrasse. Ce terme, emprunté au vocabulaire du Grand Siècle, désigne un espace en bordure de dalle, dominant la Seine, les quartiers voisins ou une autoroute urbaine. Pas de gaffe! Le modèle, c’est la terrasse des Feuillants aux Tuileries, pas celle d’un quelconque bistrot.»*1
Si ce petit guide de La Défense est écrit de façon humoristique, il souligne bien, à travers les problèmes de langages, les difficultés d’orientation ressenties par les personnes étrangères à ce site si particulier.

*1 LEMONIER, Marc. Promenons-nous à La Défense: Architecture, balades et curiosités. Paris: Parigramme, 1997. 112p. ISBN 2-84096-088-5 /p.26-28.

 

b/ Parvis et esplanade pour tous.

Qui se rend à La Défense – une fois trouvée la sortie des transports en communs ou du parking – se retrouve inévitablement sur le parvis, même s’il ne sait pas que le lieu où il se trouve se dénomme ainsi. Lorsqu’il s’agit de personnes n’ayant jamais mis les pieds à La Défense, c’est la seule zone où elles s’orientent parfaitement. En effet, on est sur un axe parfaitement lisible puisqu’à un bout se trouve l’Arche, et à l’autre bout, l’Arc de Triomphe.
Sans autre but précis que de visiter la Grande Arche, immédiatement identifiable et repérable, la majorité des touristes (2.500.000 par année) se cantonne à la visite de ce vaste espace minéral – évidemment, qui dit « minéral » dit « sans arbres », d’où cet à priori « béton » de La Défense. A chaque nouvelle saison touristique, de plus en plus de monde afflue, et une part croissante visite le quartier, se laissant séduire et guider par la perspective sur Paris – le petit train permettant la visite aux plus fatigués.
Sous les arbres, les bancs accueillent des pique-niques en tout genre (de la salade légère Marks & Spencer au saucisson / baguette achetés au supermarché), des conversations sur tout et n’importe quoi ; les joueurs de boules trouvent leur bonheur sur les terrains aménagés pour eux. Certains trempent leurs pieds discrètement dans la fontaine Agam ou dans le Bassin Takis, alors que des enfants en bas âge jouent gaiement dans l’eau en maillots de bain. Une horde de gamins s’essaie à de nouvelles figures en skateboards, ainsi que d’autres plus âgés. L’heure de se coucher arrive, les parents à la fenêtre appellent leurs enfants les uns après les autres. Il fait nuit, certains jeunes jouent encore au foot sur la pelouse du parvis.
Bref, quand le temps est clément, cet immense ruban piétonnier, partagé par toutes sortes de populations, respire pleinement la vie.

Construction du Parvis au milieu des années 70. Document EPAD.

Très vite, appropriation de la dalle avec les premiers « street-volley ». Document EPAD.

Vue aérienne récente montrant le double alignement de platanes de l’esplanade poursuivant l’Axe. Document EPAD.

Baignades estivales dans la fontaine Agam.

Pique-nique sur un des nombreux bancs de l’esplanade.

Les amateurs de pétanque ont des terrains spécialement aménagés pour eux.

La place basse, plantée de chênes verts taillés en parasol, est une des séquences de l’esplanade; elle est idéale pour, entre autres, les « skates-boarders ».

La place basse, plantée de chênes verts taillés en parasol, est une des séquences de l’esplanade; elle est idéale pour, entre autres, les « skates-boarders ».

Des bancs dans les arbres en face du bassin Takis.

Vue du bassin Takis: un balcon sur Paris.

Vue du bassin Takis sur la Défense.

Les retraités de La Défense bavardent sur les bancs le long de l’esplanade.

 

c/ La Défense, une île.

«Une première étude élaborée en août 1959 sacrifiait la grande voie triomphale axiale et créait le principe du Boulevard Circulaire. Celui-ci n’a jamais été conçu que pour desservir le quartier lui-même. Les autoroutes souterraines se sont fait bien attendre, mais dès leur ouverture en 1988, le trafic du Circulaire baissera sensiblement. Le Circulaire a avancé lentement, sinuant entre les obstacles non encore arasés, prenant ensuite l’emplacement prévu par le plan.»*1
Ainsi, petit à petit se matérialise une ligne, comme un mur enjambant les immeubles incessamment sous peu démolis. Cette empreinte du futur quartier d’affaires fut achevée en 1971. Les bâtiments encore existants paraissaient bien petits face à ce gigantesque échangeur qui n’était pas encore très utile. La Défense a poussée à l’intérieur de ces limites, débordant un peu à quelques endroits. Le Circulaire s’est comme enfoncé, au pied d’une falaise, le niveau supérieur de la dalle s’étant élevé. La muraille est ainsi devenue faille.
Le Circulaire n’est franchissable que par des passerelles piétonnes – d’où on le contemple comme un fleuve, aucuns feux ne ralentissant le flot automobile (la nuit, le spectacle est magnifique).
Cette limite de changement d’échelle, on ne peut plus matérielle, s’avère être LA limite symbolique.
Il y a La Défense «intra-Circulaire» et puis l’autre côté.

*1 DEMEYER, Patrick. La Défense: Histoire et histoires. Courbevoie: EPAD, 1997. 66p. pas d’ISBN /p.28.

Le boulevard circulaire attendant le futur quartier. Document EPAD.

Passerelle piétonne franchissant la RN 314.

 

d/ Cafés et commerces aux pieds des bureaux.

Un vétéran m’a dit que La Défense avait commencé à s’humaniser lorsqu’un tabac a ouvert ses portes en bas de la RÉSIDENCE LORRAINE (logements), et donc en face de ESSO et AQUITAINE (actuelle AIG) (bureaux).
Il devenait alors possible de s’offrir une pause, de sortir se changer les idées, voire manger ou boire un petit quelque chose ailleurs qu’au self-service de la tour, ou à la machine à café de l’étage.
Les bars aux pieds des tours offrent ainsi aux employés des instants entre amis, et hors hiérarchie. Un pot de départ en retraite ou dans une autre ville se fait dans le café habituel. Leur rôle étant indispensable au bon fonctionnement de ces communautés, leur survie est garantie.
On retrouve autour des cafés, des services destinés aux employés. Ils sont également ouverts les jours et heures ouvrables. Ils donnent à l’employé la possibilité d’effectuer, en économisant son temps, ses «corvées courantes» telles que se rendre à la pharmacie, au tabac, à la poste, chez le coiffeur, à la boulangerie, faire développer ses photos, acheter une nouvelle boite de lentilles de contact, une nouvelle paire de chaussures…
La journée compte trois points forts, qui ont cette particularité de ne guère se modifier selon le temps qu’il fait dehors. A l’ouverture des bureaux, c’est la boulangerie la première qui voit sa file d’attente grandir; certains viennent prendre régulièrement leur petit déjeuner dans un café. La matinée est calme, ponctuée de quelques allées et venues. Midi sonne et remplit d’un coup les lieux: il y a ceux qui viennent acheter à manger à emporter puis filent à leur rendez-vous, d’autres s’installent confortablement à table pour un copieux repas entre amis, certains prennent juste un café ou effectuent des emplettes. Un dernier lèche-vitrines plus ou moins long pour terminer la pause midi avant de remonter travailler, et plus un bruit. Les horaires variables font sortir en fin d’après midi les employés par vagues successives, qui s’attardent plus ou moins sur leur chemin, jusqu’à ce que tout le monde soit parti.
On distingue deux types de ces cafés/commerces: les troglodytes (exemple du Passage de La Coupole, La Défense 6), et ceux qui demandent de pointer le nez dehors (exemple de ceux de La Défense 2).
Le weekend, si le site est couvert, quelques groupes de jeunes squattent l’endroit pour discuter, écouter leur musique, danser, faire du rollers ou du skateboard. Ils sont à l’abri de la pluie, du froid, le sol est lisse, propre, et personne ne viendra leur dire de baisser le volume. Bonne rentabilisation espace / temps.

La Défense 6: la place de la Coupole a à sa gauche la tour Framatome (tour noire) et à sa droite la tour Elf (tour bleue en tuyaux d’orgue). Document Web La Défense.

La Défense 6: entrée de la galerie commerciale La Coupole.

La Défense 6: intérieur de la galerie La Coupole (à gauche: fenêtre sur la piscine du Gymnase Club).

La Défense 6: intérieur de la galerie La Coupole (à droite: fenêtre sur un patio).

La Défense 2: devant les tours, les logements. Document Web La Défense.

La Défense 2: terrasse du café faisant partie des Boutiques de Buref lorsqu’elles étaient encore ouvertes, et qui fonctionne actuellement comme un café autonome.

La Défense 2: entrée des Boutiques de Buref.

La Défense 2: intérieur des Boutiques de Buref.

La Défense 8: devant les tours, les logements. Document Web La Défense.

La Défense 8: square au centre des immeubles « à patio », centre de la vie du quartier.

La Défense 8: panoramique depuis la dalle entre la Tour Eve et l’immeuble Île-de-France, pour situer à quel niveau se trouve la terrasse de café (photo ci-dessous): dans une falaise, au-dessus de l’avenue du Général De Gaulle.

La Défense 8: terrasse de café dans une falaise, au dessus de l’avenue du Général De Gaulle.

Café aux pieds des bureaux (terrasse de l’Iris): stores et jardinières créent au pied des tours un espace à l’échelle de l’homme.

 

e/ Commerces aux pieds des logements.

La garantie d’un très large choix d’articles dans de nombreux domaines est essentielle. Or, les commerces de proximité ne peuvent pas l’assurer car ils ont, par définition, une clientèle insuffisante pour une telle offre. On descend en bas de chez soi pour se dépanner de «denrées de première nécessité» et les supérettes répondent donc à cette demande. Par contre, on ne cherche pas à acheter en bas de sa porte des articles qui demandent un éventail de choix, que l’on achète occasionnellement (comme les vêtements…), le centre commercial les 4 Temps est fait pour cela avec ses 250 boutiques.
La Défense 8, constituée à grande majorité de logements (la plus importante concentration du quartier d’affaires), possède une boucherie, une boulangerie pâtisserie et quelques autres commerces en plus d’une supérette. Cela est possible du fait que les habitants sont assez nombreux et que ces commerces se situent sur le chemin joignant les logements au centre commercial et transports.
La Défense 2, environ un tiers logement et deux tiers bureaux, a accueilli une galerie commerciale: Les Boutiques de Buref, qui dès ses premières années n’a pas bien fonctionné. Ne pouvant faire concurrence au centre commercial, et étant en cul-de-sac, le détour ne valait plus la peine: la galerie est morte. Seul subsiste un café pour bureaux qui, ayant eu à l’époque également un accès depuis l’extérieur, fonctionne comme une entité autonome.

 

B.2. Les limites immatérielles – portes ouvertes aux magouilles.

Limites communales, politiques, partage du pouvoir, imbrications entre intérêts publiques et privés, mais qui décide quoi et où?

La Défense pourrait apparaître au novice comme étant une entité bien définie, puisque découpée précisément en onze quartiers. Les tours sont posées, statiques et puissantes, image de modernité et de prestige (tous les «grands» sont présents dans le quartiers d’affaires), sur un espace public de grande qualité et de grande propreté. Sa Majesté La Défense donne une impression d’organisation et de rigueur exemplaires.
La réalité est toute autre. Le «making of» de La Défense est très torturé. Cette opération exceptionnelle est l’aboutissement d’un long conflit permanent et pas encore terminé.
Les contradictions commencent au sein même de l’EPAD, par la composition de son équipe. Font partie du conseil d’administration, des personnes ayant des objectifs différents et parfois contradictoires, car représentants d’entités différentes, voire concurrentes (collectivités locales, établissements publics, Etat). Ces problèmes sont renforcés lorsqu’une personne physique représente deux entités morales différentes (ce fut le cas avec Charles Ceccaldi-Raynaud qui fut pendant un certain moment à la fois maire de Puteaux et président de l’EPAD). De plus, les limites de pouvoir et autorités de chacun sont très mal définies ou parfois contournées, ce qui revient au même (cela est autant valable pour le fonctionnement interne des entités que dans leur relations entre elles).
Se posent ensuite des difficultés liées aux terrains du «périmètre d’intérêt national de l’EPAD» (dont les droits et le contour ne sont pas fixes): négociations avec les particuliers (expropriations) pour faire «table rase», La Défense étant sur trois communes différentes, notons les limites communales «générales» de Nanterre, Puteaux et Courbevoie, sans oublier les parcelles des uns (comme les cimetières, telle commune, les propriétés de la SNCF, etc.) éparpillées sur les communes des autres.
Ce «flou politique», dont le livre de Gérard De Senneville*1 (directeur de l’EPAD de décembre 1987 à mai 1990) nous donne un avant goût, mériterait une étude approfondie permettant ainsi une meilleure approche du «futur proche»: problème de la fin de l’EPAD (prévue pour 2007) et de l’extension (?) de La Défense avec des opérations comme le Faubourg de l’Arche, la réhabilitation du secteur allant de La Défense à la Seine côté Nanterre (bientôt l’EPA Seine-Arche).
Ces limites immatérielles ont néanmoins des conséquences visibles pour les utilisateurs de La Défense. Les différentes adresses postales: Paris La Défense Cedex pour les entreprises, et Nanterre, Puteaux ou Courbevoie pour les résidents. Les habitants «défensiens» doivent se retourner vers les mêmes autorités et administrations compétentes, et bénéficient des mêmes équipements publics (comme les écoles), que n’importe quel autre habitant de sa commune.

*1 DE SENNEVILLE, Gérard. La Défense: le pouvoir et l’argent. Paris: Albin Michel, 1992. 296p. ISBN 2-226-05672-6

 

B.3. Identité Défense.

Chaque quartier spécifique dégage des sentiments d’appartenance, plus ou moins forts, chez certains, et de rejets chez d’autres. La Défense n’y échappe pas – être ou ne pas être défensien?

> La Défense, mon village*1. La majorité des habitants fait partie des pionniers de La Défense car ils l’ont vue grandir. En effet, la plupart des logements «intra-Circulaire» ont été construits assez tôt, et leur nombre n’a pas augmenté depuis bien longtemps. Beaucoup de gens se connaissent, ont vécus des périodes difficiles pendant les travaux (boue des chantiers, absence de commerces, problèmes de transports…) mais tellement fortes, que cela les a rapproché. On doit avoir actuellement une pyramide des âges complète: retraités jusqu’aux tous petits. La défense c’est comme un village, pratiquement tous pensent habiter avant tout à La Défense (même si certains n’aiment pas particulièrement le site). Il me semble par ailleurs, qu’en tant qu’habitants de La Défense, les gens se sentent modernes.
> La Défense écartelée. Il y a ceux qui n’habitent pas La Défense à proprement dit mais sur un morceau de dalle à la dérive, ou dans un immeuble proche. Ils s’y sentent rattachés pour diverses raisons: peut être vont ils y travailler, ou faire leurs courses, peut être voudraient ils tout simplement en faire partie eux aussi. Ceux là aussi disent qu’ils habitent à La Défense.
> Nanterre différente. Cet extrait d’un entretient effectué en 1992 avec la maire de Nanterre (depuis alors quatre ans), illustre le sentiment de la part de Nanterre, de rejet de La Défense. Notons toutefois, que la ville, plus «pauvre» que Courbevoie et Puteaux, est communiste, ce qui ne s’accorde pas naturellement avec La Défense.
« Autrement.- Vos administrés sont répartis entre Nanterre et La défense. Les considérez-vous comme deux types d’administrés différents. Vous sentez-vous également maire de La Défense? Jacqueline Fraysse-Cazalis. – La Défense n’est pas vécue par les habitants de Nanterre comme une ville en soi. Ils se considèrent Nanterriens avant tout. D’ailleurs, La Défense a été imposée, parachutée sur un territoire qui a sa vie et son histoire et qui continue à la porter; C’est toujours la mairie de Nanterre, par exemple, qui s’occupe d’organiser les vacances des enfants dont la famille est domiciliée sur le périmètre de Nanterre-La Défense. Sa position au-delà du boulevard circulaire est certainement pour quelque chose dans cet état d’esprit. Néanmoins, le périmètre de l’EPAD, c’est à dire la partie de Nanterre considérée d’intérêt général au niveau du sol et de l’aménagement, concerne 50% du territoire de la commune. (…) Sur cette superficie, l’EPAD délivre les permis de construire et j’appelle cela un abus de pouvoir! C’est une façon scandaleuse de dessaisir les habitants et les élus de la ville de leurs prérogatives et de la possibilité d’aménager la cité en fonction des besoins de ceux qui y vivent.»*2

*1 Expression de MORETTI (artiste habitant La Défense), sur le panneau du chantier Cœur Défense.
*2 FRAYSSE-CAZALIS, Jacqueline – AUTREMENT. Le partage du pouvoir. In Jean-Claude Béhar. La Défense: L’avant-garde en miroirs. Paris: Autrement, 1992. 196p. ISBN 2-86260-376-7 /p.181-182.

 

B.4. Itinéraires à choix multiples: mode d’emploi.

Les espaces hiérarchisés par la géographie urbaine sont reliés entre eux par des types de parcours également spécifiques à la population concernée. Contrairement à la ville classique, de multiples cheminements sont possibles pour relier deux mêmes points: les itinéraires à choix multiples.

«L’apparence visuelle d’une ville n’est pas forcément perçue de la même façon par tous ceux qui y vivent, l’abordent ou la traversent: l’image mentale qu’ils s’en font peut être forgée par des sentiments ou des besoins pratiques différents : besoin de se repérer, impératifs esthétiques, désir d’appartenance à un milieu, etc.»*1
Contrairement à la ville traditionnelle, et c’est une de ses spécificités majeures, La Défense ne possède pas un niveau de circulation mais plusieurs. Le système est généralement mal compris et mal vécu par les populations extérieures n’ayant pas l’habitude de l’emprunter. En effet, ces «étrangers» essaient de se déplacer à La Défense selon la méthode de repérage utilisée dans les villes traditionnelles – la même que l’on soit à pied, à cheval ou en voiture. A savoir : chercher le nom de la rue à partir d’un plan puis, se rendre au numéro voulu, les numéros étant classés par ordre croissant (ou décroissant, tout dépend du sens dans lequel on se déplace), les pairs d’un côté et les impairs de l’autre. Pour qui utilise ce système, cette description semble évidente. Mais décrire de la même façon un «comment se déplace-t-on à La Défense», pour qui utilise le système ici approprié, semblera aussi évident.
Règles de base pour se déplacer à La Défense. (Même si ce système peut sembler plus complexe, il offre de nombreux avantages en pratique.)
Tout d’abord, il ne faut pas se contenter de l’adresse postale du lieu où vous désirez vous rendre: vous aurez un cedex pour une entreprise (92055 Paris la Défense cedex) ou une adresse banale pour un résident (tel numéro place untelle, 92400 Courbevoie par exemple) dont le nom de la place ne sera mentionné dans aucun plan parisien (ce sont les voies de livraisons qui y sont notifiées), car La Défense n’est pas une commune mais à cheval sur plusieurs on l’a déjà dit.
Que vous soyez en voiture ou à pied, toujours demander le numéro de secteur (La Défense est découpée en 11 secteurs) et le nom du bâtiment.
En voiture, si vous n’avez pas d’endroit précis où aller, choisissez le parking central; sinon, demandez préalablement le nom du parking: vous serez au pied de l’endroit désiré à la sortie de l’ascenseur. Des ascenseurs desservent toutes les tranches: les niveaux de parkings, le niveau livraison et le ou les niveaux piétons.
Imaginons que vous deviez, par exemple, vous rendre aux «Reflets, La Défense 2». Si vous devez vous garer: une fois sur le Circulaire, choisissez «La Défense 2», puis le parking «Reflets». Si vous devez livrer une marchandise ou déposer quelqu’un: suivez «livraisons La Défense 2», puis tournez aux Reflets (et si vous avez le code de l’ascenseur…, vous arrivez chez moi).
Il y a plusieurs manières de se déplacer sur la dalle. Ceux qui ne connaissent pas l’endroit, doivent suivre les panneaux signalétiques. Mais cette méthode est pénible car elle requiert beaucoup d’attention afin de ne pas manquer un fléchage.
Cependant, «… il n’y a jamais lieu de désespérer totalement des facultés d’adaptation de l’être humain, et si ce que je disais de la nouvelle perception spatiale que proposent les dalles est aussi difficile à intégrer, on peut tout de même constater certains comportements précurseurs, comme celui des taxis, ou encore celui des livreurs de La Défense, qui se convertissent au VTT pour s’adapter au terrain. Les générations futures, nourries de culture mathématique et informatique s’approprieront sans doute d’instinct ces espace construits selon la théorie des graphes, qui nous semblent, à nous, si étrange.»*2
La population locale quant à elle, navigue à la vue. Alors que dans les villes traditionnelles on nomme et on s’oriente par les vides (rues), ici, c’est l’inverse, on nomme les pleins: chaque tour a un nom (et surtout une silhouette, une façade la caractérisant), et on se déplace avec. Les habitués préfèrent emprunter les rampes plutôt que les escaliers si ils possèdent poussettes, valises ou caddie de supermarché; passeront, quitte à effectuer un léger détour, par des balcons dominants la ville, s’ils ont un invité ou tout simplement pour se faire plaisir.
Cette orientation par repère a été flagrante lors d’un concours de dessins organisé par les 4 Temps en avril 1999, pour les enfants: «Et si tu dessinais La Défense?». Même les enfants ne sachant pas encore écrire, reproduisaient le nom des tours (en particulier CCF car la tour EVE d’habitation est située juste en face). Chacun a dessiné ses repères. Parmi les plus cités: la Grande Arche (très souvent dessinée «en perspective»), le stabile rouge de Calder, le pouce de César, Toromachie de Miro, le Dôme IMAX, et des arbres (avec oiseaux).
Certains préfèrent se déplacer uniquement par fléchage, dans une abstraction presque totale: se sont les adeptes des souterrains (très nombreux contrairement à ce que l’on pourrait croire). Ainsi, des milliers de talons résonnent en cadence dans les enfilades de couloirs successifs, chaque matin, et chaque soir de semaine.
S’il existe les inconditionnels du souterrains et ceux de l’air libre, la majorité utilise les souterrains durant la mauvaise saison, et le parvis (surtout le midi) les jours meilleurs goûtant ainsi les plaisirs du dessus de la dalle).

*1 LYNCH, Kevin. L’image de la cité. Paris: Dunod, 1998. 224p. ISBN 2-10-003716-1
*2 VAYSSIERE, Claude. Les militaires inventeurs de la dalle? In L’urbanisme de dalle: continuités et ruptures: actes du colloque des Ateliers d’Eté 1993 de Cergy-Pontoise. Paris: Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, 1995. 179p. ill. ISBN 2-85978-245-1 /p.20.

Circulations « verticales » et « horizontales ». Planche extraite de L’urbanisme de dalle: continuités et ruptures: acte du colloque des Ateliers d’Été 1993 de Cregy-Pontoise. Paris: Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, 1995.

Circulations « verticales » et « horizontales ». Planche extraite de L’urbanisme de dalle: continuités et ruptures: acte du colloque des Ateliers d’Été 1993 de Cregy-Pontoise. Paris: Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, 1995.

L’EPAD affiche dans La Défense un plan semblable à celui-ci, avec les tours et immeubles en 3D pour faciliter l’orientation du nouveau venu – initiation au repérage par la vue? Document Web La Défense.

 

 

C. VERS UN CENTRE (VILLE?) IDÉAL EN TROIS DIMENSIONS:
GARE TRANSPORT – PARVIS – CENTRE COMMERCIAL.

 

C.1. Configuration optimale: l’emplacement idéal.

Un nœud développe le commerce et la ville, qui à leur tour développent le nœud.

Les croisements de chemins, de routes sont depuis toujours à l’origine d’échanges culturels et économiques entre les hommes. Ces endroits stratégiques où le commerce se développe sont le point de départ d’innombrables villes et cités. Une fois le processus enclenché, le nœud devient de plus en plus attractif et le commerce se développe en même temps que la population, qui à son tour crée d’autres voies, et ainsi de suite.
Une zone de concentration possède généralement plusieurs éléments forts parce qu’importants et proches les uns des autres. Lorsqu’un élément est nouveau sur le site, il est défini au départ par rapport à ces repères. S’il prend suffisamment d’importance, il devient également un élément caractéristique de sa zone. Ces repères, s’ils sont souvent des monuments ou bâtiments, peuvent également être des cheminements.

 

C.2. La gare transports: vers une étape positive pour le voyageur.

 

a/ Les expéditions pionnières.

Au tout début de La Défense, et cela jusqu’à l’ouverture de la gare de RER en 1970, les personnes se rendant au quartier d’affaires en transports en commun étaient obligés de descendre au Pont de Neuilly, à l’époque terminus du métro ligne 1. Ils devaient ensuite traverser le pont, hélas souvent sous le vent et la pluie. Là, commençait réellement l’expédition matinale ayant pour but de «regagner sa tour». Difficile en effet de retrouver le chemin souvent boueux dans un dédale de palissades différent du vendredi: on démolissait les immeubles également le week-end.
Rappelons que ESSO resta une douzaine d’années dans cette situation, AIG (Elf Aquitaine) et ROUSSEL-HOECHST 3 ans et EUROPE moins d’un an. Il y avait somme toute «trois pelés et deux tondus» au milieu d’un gigantesque chantier – il fallait vraiment vouloir pour y croire. Ils devaient se sentir bien isolés et en même temps les uns sur les autres, n’ayant aucun café extérieur à leur cantine pour se changer les idées. Inutile de préciser que plus d’un employé a désiré démissionner pour quitter cet endroit trop pénible d’accès, un nouvel emploi n’étant pas difficile à trouver à cette époque. Certains avaient même baptisé ce nouveau quartier «La Gadoue». Néanmoins, quelques menues solutions d’entraides voyaient le jour. «En sortant du métro et pendant la traversée du Pont de Neuilly, certains collègues, qui se rendaient au bureau en voiture, nous prenaient au passage jusqu’à la tour. Et puis il y avait les voitures pas sympa, celles qui roulaient à gauche pour ne prendre personne à leur bord.»*1

*1 Anecdote d’Anny D., dont j’ai fait la connaissance lors d’un travail d’été à la tour ELF et qui a d’abord travaillé dans les bureaux d’Elf Aquitaine à Paris, puis à La Défense dans la tour Aquitaine, puis dans la tour ELF.

 

b/ Il y a un début à tout: arrivée du RER et de la première galerie commerciale.

«Le premier tronçon ne reliait La Défense qu’à la station Etoile du métro parisien, mais l’ouverture du RER fut un soulagement. Il fallut neuf ans pour réaliser ces sept km. (…) [Le] passage sous le fleuve fut une des innombrables difficultés du creusement de ce premier tronçon par une machine ultra moderne, un «bouclier» de dix mètres de diamètre. Une de ces coûteuses machines ne put venir à bout d’un banc de sable et fut abandonnée ensablée à 30 mètres sous terre.
Les travaux furent décidés en 1961 et la station «La Défense» fut inaugurée en février 1970. Construite sur cinq niveaux, (…) [elle] possède une salle de correspondance qui est un véritable monument: longue de 225 mètres, elle est large de 65 et haute de 27 mètres. Elle dispose d’un petit centre commercial qui fut le bienvenu pour les habitants pionniers de cette époque.»*1.

*1 DEMEYER, Patrick. La Défense: Histoire et histoires. Courbevoie: EPAD, 1997. 66p. pas d’ISBN /p.26-27.

 

c/ Prolongation métro ligne 1.

«Cette ligne porte le numéro 1: elle fut la première du «train métropolitain» à être créée en 1900. Elle arrivait alors Porte Maillot. Il aura fallu 37 ans pour qu’elle soit prolongée jusqu’au pont de Neuilly et presque un siècle pour qu’elle arrive jusqu’à La Défense.
Les études ont réellement débuté en 1970, après l’arrivée du RER.
Un premier tracé entièrement souterrain était prévu à l’époque. Pour permettre la réalisation de ces projets, des tronçons de tunnel ont été creusés par anticipation sous La Défense. Pour convaincre la RATP, l’EPAD a même financé une station de métro prête à accueillir les rames sur pneus. Située sous le Centre Commercial des 4 Temps, elle ne servira pas, du moins pas pour cette ligne. En effet, un autre tracé a été retenu.
Devenu Directeur-général de l’EPAD en 1979, Jean-Paul Lacaze fait étudier une autre solution moins coûteuse pour la RATP afin de vaincre ses dernières réticences: le métro ne passera pas sous la Seine mais sur le pont de Neuilly élargi; il ne circulera pas dans un tunnel creusé, mais empruntera deux voies longeant l’autoroute A14 sous La Défense.
Et la Régie accepta: le chantier a enfin démarré en octobre 1987 pour se terminer en mars 1992.
Le nouveau tracé n’est pas seulement plus économique et aisé à réaliser: il offre également des avantages pour les usagers. Par exemple, les deux stations ne seront pas excentrées mais situées à chaque extrémité de La Défense.
Accompagnée de nouveaux commerces, la station «Esplanade de La Défense» dessert le bout de l’esplanade située près du pont de Neuilly. Elle est déjà considérée comme la station de métro ayant le plus d’usagers de toute la banlieue.
Quant à la station «La Défense – Grande Arche», elle est en liaison directe avec toutes les correspondances existantes. Ce nœud de communication est l’un des plus complets du réseau parisien.»*1

*1 DEMEYER, Patrick. La Défense: Histoire et histoires. Courbevoie :EPAD, 1997. 66p. pas d’ISBN /p.58.

 

d/ La Défense sur La Défense: le projet «Cœur Transport, La Défense».

«Il était temps de donner à La Défense un pôle de transports et de services à la hauteur de l’importance et de la qualité du site. Siège de 3.600 entreprises, bassin d’emploi de plus de 140.000 personnes et lieu de vie de 30.000 habitants, La Défense est aujourd’hui non seulement le premier quartier d’affaires d’Europe, mais aussi l’un des tous premiers lieux touristiques, fréquenté chaque année par près de 2.500.000 visiteurs. En métro, en train, en RER, en tramway, en bus, en car, en voiture, en taxi, en vélo, à moto ou à pied, ce sont plus de 350.000 voyageurs qui passent chaque jour à La Défense. Le pôle de transport actuel de La Défense n’a cessé de se compliquer au fil des années par l’addition d’éléments successifs. Il devenait donc indispensable de le repenser dans son ensemble. Le Conseil régional d’Ile-de-France, le Conseil général des Hauts-de-Seine, l’EPAD, le STP (Syndicat des Transports Parisiens), la RATP et la SNCF se sont associés pour élaborer un projet global de réaménagement et de modernisation de l’espace transports de La Défense, dénommé «Cœur Transport, La Défense». L’ambition de ce grand projet est de coordonner tous les modes de transports sur le site pour améliorer, faciliter et simplifier les échanges au quotidien, offrir plus de services et un meilleur accueil. Les travaux, commencés en 1997, s’achèveront en 2000. Ils sont estimés à 283 millions de francs.»*1

*1 Plaquette de présentation du projet «Cœur Transport, La Défense».

 

C.3. Les 4 temps: réédition actualisée de la ville idéale.

Le centre commercial, pourtant créé de toutes pièces, a repris la trame de la création typique des villes, il a également recréé ses lieux d’échange. Devenu une pièce maître du gigantesque puzzle grâce au succès de son implantation, on ne saurait actuellement penser La Défense sans lui.

 

a/ Des origines.

A l’origine, des boutiques devaient être implantées le long du parvis; mais comme les centres commerciaux comme Parly II en Ile de France, semblaient fonctionner aussi bien qu’aux Etats Unis, l’EPAD commanda à l’architecte Peï un projet de centre commercial de 200.000 m² (deux fois supérieur à l’actuel centre). Peï éliminé, Aillaud lui succéda lors du concours Tête Défense de l’époque. Il fut également éliminé. Finalement, Dimitrievic et Lagneau réalisèrent le centre commercial.
«Madame, le caddie que vous poussez devant vous dans les rayons d’Auchan a coûté une fortune. Non pas le chariot lui-même mais les modifications apportées au Centre Commercial des 4 Temps pour pouvoir le faire rouler. En effet, c’est le magasin du Printemps qui devait s’installer à cet emplacement. Les études et les travaux étaient très avancés, mais la direction changea de politique commerciale et décida de ne plus venir s’y installer.
Pour accueillir ce magasin de grande consommation, il fallut percer les dalles pour faire passer des monte-charge à caddies jusqu’aux parkings. Il fallut trouver des endroits pour installer des rampes roulantes à caddies, etc… le tout fort coûteux. Mais que n’aurait-on fait pour faire venir un hypermarché à un moment où beaucoup faisaient la fine bouche.»*1
Le système de livraison performant, a été intégré dès la conception. Situé sous la dalle, il permet, par trois terminaux et un réseau de couloirs de distribution sans interférence avec les «allées commerciales», d’acheminer vers les différentes boutiques, les employés et les marchandises.
L’hôtel quatre étoiles prévu a cédé sa place à l’immeuble de bureaux ELYSEES LA DEFENSE, puis La Colline de l’Automobile et le Dôme IMAX sont également venus s’installer sur le toit du centre commercial.

*1 DEMEYER, Patrick. La Défense: Histoire et histoires. Courbevoie: EPAD, 1997. 66p. pas d’ISBN /p.46.

 

b/ Comme une vraie ville.

Point de départ de nombreuses villes, la rue n’est d’abord qu’une simple voie de passage bordée d’une rangée de parcelles bâties. Puis, la concentration augmentant, d’autres parcelles se créent, formant ainsi une double bande bâtie. Pour leur permettre un accès autonome, la rue principale se voit dotée de petites impasses perpendiculaires, qui plus tard se relieront entre elles, pour devenir de vraies voies de communication.
Les 4 Temps, dont la conception n’a pas eu à tenir compte du tissu urbain antérieur, ont repris et superposé ce schéma de base pour les circulations publiques du centre. La rue principale est représentée par la rue des Arcades Ouest et Est (la plus longue), les rues rajoutées par les rues de la colonnade et de la Pergola (plus intimistes).

 

c/ Les places, articulations et lieux d’échange de la ville.

Les places sont essentielles à la ville. Elles la nouent, relient ses voies, servent de repères. Il existe différentes sortes de places: celles où on se pose, discute aux terrasses des cafés, celles où se tiennent des marchés, des foires, celles des rendez-vous, le square. Toutes différentes. On les retrouve aux 4 Temps.
La « place des cafés » devient Place des Terrasses (niv.1): ancienne patinoire, sur double (et je devrais dire triple mais il n’y a qu’un étage donnant en mezzanine) hauteur avec lumière zénithale, c’est la plus importante – c’est tout autour que sont regroupés les restaurants et le cinéma, seul endroit ouvert (avec le Mc Donald’s) tous les jours de la semaine et le soir.
La «place du marché» devient la Grand Place (niv.1): on la repère facilement sur le toit avec sa verrière en pyramides, également sur double hauteur, elle accueille Les Comptoirs, rappelant les marchés de centre ville traditionnels.
La «place des rendez-vous» devient la Place de l’Hélice (niv.1): on devrait la rebaptiser place du Mc Donald’s car elle se situe face au Mc Donald’s et donne sur la Porte de l’Hélice (parvis), point de repère pour les rendez-vous ; la simple hauteur donne un côté intimiste (si ce n’est pas abuser du terme dans un endroit aussi fréquenté), en tout cas facilement appropriable.
Le «square» devient la halte garderie (niv. 2): belle perspective de la rue des Arcades, on aperçoit également le vide de la Grand Place; parmi les rires et parfois les pleurs des enfants, l’ambiance est très sympathique et familiale.
Les 4 Temps ont recréé les lieux d’échange de la ville.
Pour qu’une place tienne vraiment son rôle d’échange dans la ville, pour qu’elle soit humaine et non pas un carrefour automobile, il faut que le piéton puisse accéder sans difficulté à chaque endroit où son regard peut se poser.
Au début des 4 Temps, la Place de la Patinoire (nouvelle Place des Terrasses) abritait une patinoire pour patins à roulettes en son milieu (à l’origine, ce devait être une patinoire à glace mais le projet ne fut jamais réalisé). La place était difficilement franchissable du fait du danger que représentaient les patineurs et du creux de la patinoire par rapport au reste de la place. Mise à part les quelques utilisateurs de cette patinoire, la place n’était pas empruntée. Un an plus tard, la patinoire est fermée mais le creux, ouvert à tous, subsiste toujours. La place ne fonctionne toujours pas, elle est « bouchée par un creux ». Les 4 Temps ont adopté depuis peu une politique de rénovation architecturale du bâtiment. Ils ont bouché le creux, le sol est devenu égalisé, les terrasses des restaurants s’y sont installées, ils ont installé des escalators et escaliers dans la place même, rendant ainsi pratique et visuellement possible le passage d’un niveau à l’autre. Egalement rebaptisée, la Place des Terrasses est maintenant bien vivante. La place ne «fonctionne» que si elle constitue un lieu de passage.

 

C.4. Le parvis: cinquième façade.

D’un lieu de passage immensément vide et assujetti aux courants d’airs, le parvis, grâce à des aménagements successifs, s’est transformé en une articulation apte à accueillir de nombreuses manifestations.

Le parvis articule La Défense souterraine et La Défense de plein air, car c’est à cet endroit que débouche les sorties de la gare transport, et que commence la promenade plantée (l’esplanade). C’est ainsi le lieu de brassage de toutes les populations.
Le parvis regroupe les différentes fonctions des places énumérées précédemment pour les 4 Temps.
On retrouve des cafés restaurants dans ses quatre angles.
En semaine et le samedi, l’odeur des stands d’en-cas, crêpes, croissants chauds, gaufres nous guide vers d’autres étals qui se sont également installés, vendant sacs, vêtements, maquillages…
Démonstration de rollers par les membres de l’association locale, sous les regards ébahis des touristes.
Deux étranges personnages bleus jaunes et rouges modelés par Miro, signalent le lieu de tant de rendez-vous.
Les enfants font des tours de manège à l’ancienne sous les regards attendris des parents, pendant que l’orgue de barbarie diffuse sa musique aigrelette dans ce décors ultra moderne.
L’herbe de la pelouse, fierté de l’EPAD, est plus moelleuse qu’un tapis pur laine. Les gens y font la sieste l’après-midi, et laissent place en soirée aux jeux de ballons.
Cette plage minérale, est également support de festivals, tel le Nike Park installé sur une surface de 7.000 m² pendant toute la durée de la Coupe du Monde 1998, l’annuel La Défense jazz festival (spectacles gratuits chaque été près de la fontaine Agam), le marché de Noël, le salon de l’automobile…

 

C.5. Concentrer, réparer les erreurs, modifier, colmater les brèches, percer là où c’est nécessaire, travailler l’ambiance, vers une unité centrale.

Que se soit au stade de la conception des bâtiments ou lors des différents réaménagements intérieurs survenus en cours de «vie» du centre commercial, de la gare transport ou du parvis, les architectes en charge des projets ont tous travaillé à améliorer les liaisons (fonctionnellement et qualitativement), se sont attachés à créer une ambiance fluide et légère pour palier à l’effet de masse dans ces endroits à forte fréquentation. L’imbrication de ces trois éléments tend à constituer un véritable nœud multi-vitesse, de la flânerie boutiques jusqu’au TGV.

 

a/ Concentrations de commerces, services et transports.

Les 4 Temps vous attendent avec leurs 250 boutiques, 25 restaurants, 9 salles de cinéma, 6500 places de parkings.- l’offre commerciale des 4 temps recouvre grandes surfaces, alimentation/traiteur, restaurants, loisirs/services, sports, équipement maison, chausseur/maroquinerie, prêt à porter, lingerie, soins beauté, bijoux/cadeaux.
Le centre commercial possède un hypermarché, Auchan, qui est très attractif car il ferme à 22 heures tous les jours (sauf le dimanche). Il y a ensuite les différentes enseignes qui se regroupent le long des rues intérieures; différentes et donc satisfaisant plus de monde. Même si les rues «rajoutées» à la rue principale (rue des Arcades) ferment en même temps que leurs magasins, notre rue des Arcades, baignée de lumière zénithale, est accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et relie ses trois points essentiels: Place des terrasses, le Mc Donald’s, Auchan, mais également la gare transport et le parvis.
C’est là où La Défense entre en jeu et révèle toute sa splendeur. En effet, les 4 Temps sont au centre d’un immense quartier entièrement piétonnier. Auchan devient alors un commerce de proximité, on y va à pied, et grâce aux ascenseurs et aux rampes on ramène le caddie chez soi! (pour les non domiciliés à La Défense, les parkings sont appréciables).
Si les 4 Temps offrent un confort loin d’être négligeable (protection de la pluie et du vent, température idéale) par mauvais temps (ce qui représente une grande période de l’année), le parvis en est le complément idéal l’été (grande zone au soleil, et fraîcheur des fontaines).
Cet ensemble offre également divers services.
Le parvis accueille une annexe de la mairie de Courbevoie ainsi qu’un commissariat; les 4 Temps une poste et une agence France Télécom.
La gare transport innove en la matière, avec la création d’un village service. «Il regroupe sur un lieu de transport de grande fréquentation des services permettant à chaque citoyen d’effectuer, pendant son voyage, un ensemble de démarches habituellement dispersées:
– entreprises de service public, comme la poste, EDF, GDF, la RATP, LA SNCF;
– entreprises de services comme la GMF, New Works (services infographiques et informatiques aux entreprises du site) et la Compagnie de l’Arche (accueil des visiteurs et des nouveaux arrivants);
– administrations telles que la Sécurité sociale: CPAM et CNAV;
– associations et organismes comme CAPVILLE ou le CIDJ, impliqués dans l’orientation, la formation et l’emploi de jeunes.»*1

*1 Plaquette de présentation du projet «Village Services: au cœur de La défense, un nouveau lieu de vie, au cœur du réseau».

 

b/ L’attirance pour ce qui brille.

Le même objet, suivant qu’il est terne ou brillant va nous donner des impressions fort différentes. Terne, il semblera sale, on évitera de le toucher. Brillant, il sera propre, on le prendra sans se poser de question quant à sa provenance.
L’impression de sale, combinée à la foule, comme dans le métro par exemple, peut susciter des sentiments xénophobes, on a peur d’autrui. La propreté rassure, détend l’atmosphère, fait accepter la masse de population dans laquelle on se déplace.
Une surface lisse, si elle est brillante, est mise en valeur. Elle paraîtra plus gaie, plus claire donc plus grande, également plus fluide. Fluidité et légèreté des surfaces lisses brillantes, pour une meilleure circulation des clients en zones de forts passages.
Ce qui brille est également synonyme de richesse. Il fait tout d’abord référence aux pierres et aux métaux précieux, et donc aux bijoux. Puis, au «simple» verre: perles, petits objets de la vie quotidienne, plaques. Comparé au prestige de la création des premiers vitraux du Moyen Age, très petits, fragiles et translucides, on arrive aujourd’hui à obtenir des vitres de grandes dimension et résistance. Le verre est aujourd’hui encore considéré comme matériau noble.
Les 4 Temps ont utilisé de grand à plats clairs et brillants pour revêtir leurs sols et leurs quelques rares parties de murs, des rues et places, pour une meilleure circulation.
La Grande Halle a vu ses sols se revêtir de pierre polies, ses façades de bois puis verre.
Le parvis a ses tours de miroirs qui scintillent au soleil.

 

c/ La lumière.

Tous les lieux ne requièrent pas la même intensité lumineuse, ni la même lumière. C’est elle qui va sculpter les formes, les matières, donner aux couleurs leur intensité. La lumière module l’ambiance. L’homme a peur du noir; mieux il distingue son environnement, plus il est rassuré. L’invention de la lumière artificielle a soulagé cette faiblesse. Si l’on sait actuellement créer une lumière de la même intensité que celle du jour, cette dernière ne pourra jamais être égalé. Elle est la preuve de notre rattachement aux cycles inébranlables de la nature, comme le jour et la nuit, les saisons, le temps qui passe – elle est source de vie.
La verrière de la rue des Arcades dans les 4 Temps, est en verre transparent et laisse passer une lumière du jour crue qui amplifie l’orthogonalité des grands aplats blancs et des lignes noires reprenant la structure du centre, elle est l’artère du centre, comparée aux rues de la Colonnade et de la Pergola qui sont plus intimistes, avec un éclairage plus doux, artificiel.
La rénovation de la gare transport donnera lieu à de nombreux changements concernant la lumière. Une trouée va être effectuée au niveau du parvis (nouvel accès), permettant ainsi à la lumière naturelle de pénétrer dans la salle des colonnes: une première. Un travail sera également fait sur l’éclairage artificiel: les boutiques bénéficieront de nouveaux éclairages et le plafond sera peint en blanc, permettant ainsi une meilleur diffusion de la lumière (les travaux sont actuellement en partie réalisés), et le village service sera en éclairage indirecte pour lui conférer une ambiance agréable.

 

d/ Points de vue: les différents niveaux.

Il est important de permettre aux gens de se repérer parmi les différents niveaux, d’avoir une vision d’ensemble claire et précise, évitant ainsi le désagréable sentiment de ne pas savoir où l’on est ni comment rejoindre l’endroit désiré.
Aucun problème d’orientation sur le parvis; on distinguera l’entrée de la gare transport une fois le nouvel accès terminé.
La rue centrale (rue des Arcades) des 4 Temps offre des points de vue qui facilitent le repérage des boutiques, et donnent en plus l’impression d’un choix infini.
La rénovation de la gare transport va créer deux mezzanines avec des accès clairs (escaliers monumentaux). Les portes de sorties actuellement désignées arbitrairement par des lettres, vont être renommées: porte de l’Arche, porte Etoile, porte Nord et porte Sud, pour une meilleur compréhension de l’espace.

 

 

CONCLUSION, LIMITES DE L’ETUDE ET PERSPECTIVES.

Alors qu’actuellement, beaucoup de gens fuient vers la campagne (pour y dormir dans des cités dortoirs, y travailler via le net, etc.) pour échapper aux nuisances de la ville (pollutions sonores, atmosphériques, odeurs…), La Défense, généralement considérée comme froide et inaccueillante, offre pourtant les atouts complémentaires d’une vie sans voitures (moins de dangers pour les enfants…) au milieu de jardins (campagne) et ceux d’une concentration, avec tous les services que cela apporte (commerces, transports, équipements).
Mais voilà bon nombre d’années qu’aucuns logements ne se construisent dans la poire, alors que le besoin s’en fait sentir puisque la mairie de Courbevoie a lancé une opération comme le Faubourg de l’Arche.
Se pose la question de la poursuite de l’aménagement de La Défense.
Que doit-on penser de la densification de La défense (qui pour l’instant, avouons-le, est surtout une concentration de bureaux)? Est-il possible de faire encore plus dense tout en continuant d’offrir la même qualité de vie?
Que penser des villes qui s’étalent sur des kilomètres?
«De toute manière, il faudra bien que les urbanistes – s’il en existe encore demain – inventent des formes de ville qui puissent être compatibles avec les changements en cours, d’autant plus que la ville traditionnelle perd son identité en voulant adapter à toute force des formes anciennes aux modes de vie contemporains. Cessons de rêver à l’animation des quartiers par le petit commerce ou à l’amélioration de la qualité des villes par la multiplication des parterres de bambous chers à nos paysagistes – pour ne prendre que deux exemples de manque de lucidité, la dalle, travaillée, affinée, amélioré, rendue conviviale, est à même d’être plaisante et flexible, et demeure vraisemblablement une solution parmi d’autres. Mais serons-nous capable de faire?»*1

Ce mémoire est une sorte d’introduction à un travail que je voudrais réaliser par la suite. Il lui manque deux axes essentiels:
Tout d’abord une étude détaillée des comportements, destinée à mieux cerner les habitants. J’ai préparé un questionnaire à cet effet, tout en sachant qu’il est encore trop long (la première partie pouvant être réduite, les questions les plus intéressantes étant à la fin), et pensant en réaliser d’autres sur le même modèle pour interroger les écoles, les employés de bureaux, les commerçants, les commerces. Mais obtenir des résultats fiables demandait un investissement en temps qui dépassait de beaucoup le cadre de ce mémoire. Je me suis donc contenté d’observations, d’interviews rapides à chaque fois que l’occasion m’en a été donnée, de livres, de documents télévisés (bien que manquant parfois d’objectivité).
Puis, une étude sur les documents mêmes de l’EPAD. Mais là, je me suis heurtée aux difficultés d’accès (horaires et autorisation d’entrée) des deux bibliothèques concernées: celle de l’IAURIF et celle de l’EPAD. L’accès à ces documents me permettraient d’observer précisément l’évolution de La Défense (rivalités et choix pris à tel ou tel moment).

Mieux comprendre comment La Défense fonctionne et comment elle a «grandi», me permettrait d’aborder la question de son prolongement avec un bagage mûr et réfléchi.
La poursuite de l’aménagement de La Défense, m’intéresse, en effet, tout particulièrement.
Comment l’envisager (utiliser son vocabulaire, variations)?
Faut-il agrandir la poire (est-ce possible?) ou édifier un quartier «nouveau», au même titre que le quartier d’affaire, le quartier du parc, le Faubourg de l’Arche?
Est-ce à Nanterre de s’en occuper seule (puisque cela concerne son territoire)?
Faut-il également ronger sur Puteaux ou Courbevoie, pour favoriser les liaisons, intégrer les équipements scolaires actuellement en frange de La Défense?
Faut-il que La Défense devienne une commune? Mais on se heurte ici à beaucoup de monde et bien d’autorités (situation politique et administrative), et peut n’est-ce pas intelligent.
En 2007, lorsque l’EPAD n’existera plus, qui va gérer La Défense, qui a besoin d’une unité dans sa gestion car elle gère des problèmes complexes? Du publique? Du privé? Ou bien une nouvelle forme comme l’on a créé l’EPAD à l’époque?

«Après un dialogue de sourds qui aura pratiquement duré dix ans, l’Etat et la ville de Nanterre ont réussi à s’entendre sur la poursuite de l’aménagement du secteur de la défense, entre la Grande Arche, qui ferme le quartier d’affaires de l’ouest Parisien, et la deuxième boucle de la Seine. Jean-Claude Gayssot, ministre de l’Equipement, des Transports et du Logement, et Jacqueline Fraysse, député-maire de Nanterre, ont en effet signé mardi soir un protocole d’accord marquant le coup d’envoi de cette opération baptisée Seine-Arche.»*2

Du haut l’arche, je contemple le soleil se coucher. La jetée fonce plein ouest. Que dire de plus?

*1 DELFANTE, Charles. Des avantages et des difficultés des dalles. In. L’urbanisme de dalle: continuités et ruptures: actes du colloque des Ateliers d’Eté 1993 de Cergy-Pontoise. Paris: Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, 1995. 179p. ill. ISBN 2-85978-245-1 /p.33.
*2 Les Echos – 11 Mai 2000.

Questionnaire préparé afin d’étudier les comportements, de mieux cerner les habitants.

 

 

BIBLIOGRAPHIE.

Livres et brochures.
L’urbanisme de dalle: continuités et ruptures: actes du colloque des Ateliers d’Eté 1993 de Cergy-Pontoise. Paris: Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, 1995. 179p. ill. ISBN 2-85978-245-1
Guide La Défense: Quartier d’affaires. Agence Newport Edition, édition an 2000.
BARLES, Sabine, GUILLERME, André. L’urbanisme souterrain. Paris: Presses Universitaires de France, 1995. 126p. Que sais-je. ISBN 2-13-047288-5.
BEHAR, Jean-Claude. La Défense: L’avant-garde en miroirs. Paris: Autrement, 1992. 196p. ISBN 2-86260-376-7
DEMEYER, Patrick. La Défense: Guide de l’architecture. Editions Parallèles, 1996.47p. pas d’ISBN
DEMEYER, Patrick. La Défense: Histoire et histoires. Courbevoie :EPAD, 1997. 66p. pas d’ISBN
LYNCH, Kevin. L’image de la cité. Paris: Dunod, 1998. 224p. ISBN 2-10-003716-1
LEMONIER, Marc. Promenons-nous à La Défense: Architecture, balades et curiosités. Paris: Parigramme, 1997. 112p. ISBN 2-84096-088-5
MARCHAND, Pierre (dir.). Paris. Paris: Editions Nouveaux-Loisirs, 1995. 576p. Guides Gallimard. ISBN 2-7424-0168-7
DE SENNEVILLE, Gérard. La Défense: le pouvoir et l’argent. Paris: Albin Michel, 1992. 296p. ISBN 2-226-05672-6

Presse.
40 ans pour devenir le plus grand. Préférences: Le magasine de La Défense. Avr/mai/juin 1998. N°13.
Une nouvelle tour pour 2001. Préférences: Le magasine de La Défense. Juil/aoùt/sept 1998. N°14.
40 ans, numéro spécial. Préférences: Le magasine de La Défense. Oct/nov/déc 1998. N°15.
La Défense de demain. Préférences: Le magasine de La Défense. Avr/mai/juin 1999. N°17.
Grande Arche: 10 ans déjà. Préférences: Le magasine de La Défense. Oct/nov/déc 1999. N°19.
L’an 200 à La Défense. Qui sont les nouveaux investisseurs? Préférences: Le magasine de La Défense. janv/févr/mars 2000. N°20.
La Défense réinventée. Préférences: Le magasine de La Défense. Mars 2000.
Nanterre: Seine-Arche. Préférences: Le magasine de La Défense. Mars 2000.
La lettre de l’EPAD. 1998-2000. N°426-427-429-431-432-433-434-435-437-438-440-441-443-444-445-446.